Finir sa thèse : Comment garder la motivation ?

⏱ Temps de lecture = 6 minutes

(Tableur personnalisable pour mesurer ses avancées de rédaction – page par page – et faire un rétro-planning, téléchargeable en fin d’article)

 

« J’en ai marre de ma thèse ». « Ma thèse n’avance pas ».

On se l’est tous dit dans notre dernière année de thèse, après plusieurs mois sans avoir l’impression d’avancer.

Au moment où j’écris ces mots, je suis moi-même dans ce processus. Avec ce même ressenti.

Peut-être que vous ne savez pas par où commencer la rédaction. Ou vous vous sentez seul.e et découragé.e, sans aucune aide ni soutien et sans perspective de soutenir votre thèse.

Sans savoir si votre rythme de travail en thèse est dans la moyenne… ou si vous travaillez trop. Sans parler d’une thèse en parallèle d’un emploi… 😶

Pire, les seuls conseils qu’on trouve sont de type « n’oublie pas les raisons qui t’ont fait entreprendre une thèse ».

Ça aide… à peine.

Le résultat ? Un taux d’abandon de thèse bien trop élevé.

Cela commence par comprendre que la motivation est une question bien plus psychologique que technique (Pour les éléments techniques sur la rédaction, allez voir « la meilleure vidéo sur l’écriture d’une thèse« ).

La solution ? Apprendre à « tuer vos chouchous » (explications plus bas). Mais avant les solutions, êtes-vous certain.e de bien cerner tous les problèmes qui conduisent à tout ce mal-être doctoral, cette solitude voire cette dépression en fin de thèse de doctorat ? 🔍

Pour les solutions, cliquez : « Tuer ses chouchous » – ce que les docteur.es savent ou Comment établir un rétro-planning ENFIN réaliste

Les 4 problèmes personnels 😐

 

L’ouvrage « The War of Art » explique le concept de « Résistance ». Plus on s’approche de la fin d’un projet, plus notre esprit freine avec des craintes bloquant la fin de ce projet.

Les suspects classiques sont 🕵️‍♂️ : 

1/ Stress et fatigue de fin de thèse : le stress peut pousser à travailler plus tard le soir. Donc moins dormir, et donc ne pas réussir à s’y mettre le lendemain ce qui booste le stress. On garde la tête dans le guidon, quitte à passer trop de temps sur les mauvaises tâches.

2/ Problèmes de confiance en soi : en fin de thèse, c’est encore pire. Si le syndrome de l’imposteur nous dit « ce n’est jamais assez bien », la fin de thèse nous indique « tu ne peux plus rien cacher, tu vas devoir exposer les forces comme les failles ». 😳

3/ Manque de soutien et de reconnaissance : c’est le fameux « à quoi bon ». Très démotivant, renforcé quand personne ne comprend notre travail. À quoi bon faire ça si tout le monde s’en fiche ? Pourquoi passer 20h à rédiger pour encore faire quelque chose de nul?

4/ Environnement de travail peu stimulant : si votre environnement de travail est peu stimulant ou monotone avec les mêmes tâches à faire jour après jour, ou en CIFRE avec le travail donné par l’entreprise qui n’intéresse que peu… l’esprit s’ennuie.

Ces éléments sont liés. La fatigue renforce le manque de confiance qui renforce le stress et le sentiment d’un manque de soutien. 

Les 4 problèmes professionnels 😤

 

Les 4 suspects classiques sont :

1/ La charge de travail accablante. la rédaction d’une thèse est longue et fastidieuse. Comme pour un marathon, c’est dans les derniers kilomètres qu’on est le plus fatigué, épuisé et démotivé.

2/ Les délais peuvent être stressants. Si le temps presse et que vous avez du mal à respecter les délais de remise de votre thèse, cela renforce la démotivation.

3/ Le manque de progrès est TRÈS frustrant. Ou les progrès négatifs -> supprimer le travail imparfait de la veille. 

4/ Objectifs irréalisables ou trop ambitieux : si vous pensez que votre introduction de partie, votre analyse et la conclusion DOIVENT être faites dans la semaine… en sachant au fond que ça ne sera pas fait, l’envie est coupée avant d’avoir commencé.

Le temps pour rédiger une thèse est ce qu’il est, en moyenne deux mois par chapitre. Cela semble incontournable malheureusement.

Là encore, c’est lié. Les délais serrés peuvent pousser à se fixer des objectifs irréalistes, donc se donner une charge de travail accablante qui donne l’impression d’un énorme manque de progrès.

"Tuer ses chouchous" - ce que les docteur.es savent 😶‍🌫️

 

Comment terminer sa thèse ?

Certains écrivains disent qu’il faut apprendre à « tuer ses chouchous ». Des journalistes parlent de « tuer ses bébés ».

Nos « chouchous », ce sont tous les éléments sur lesquels on a travaillé très très dur… mais dont on réalise qu’ils ne sont finalement pas si importants pour la démonstration globale de la thèse.

Des données de notre thèse de doctorat collectées difficilement… mais qu’on ne va pas inclure. 

Il peut s’agir de certains sections, ou d’un tableau, ou d’un entretien qui nous paraissait important (un ami a du se débarrasser de 20 entretiens) 🥲.

Ce sont tous ces éléments qui n’ont pas vraiment de raison d’être là, dont vous savez qu’ils n’ont pas leur place… mais vous avez travaillé trop dur pour juste les supprimer non ?

Non. Il faut les supprimer.

Nos « chouchous », c’est aussi toute une série d’actions / d’espoirs qu’il faut apprendre à mettre de côté.

-> Les entretiens que je n’ai pas faits qui m’auraient permis de compléter mon chapitre 5 ? Si la démonstration tient sans eux, tant pis.

-> Les lectures qui me paraissaient ouvrir une piste intéressante ? Ce n’est plus le moment de l’explorer.

-> L’introduction du chapitre 3 que je voulais améliorer, même si en l’état elle fonctionne bien? La priorité est de faire ce qui n’est pas fait.

Ce n’est plus d’améliorer ce qui est déjà bien.

Comment établir un rétro-planning ENFIN réaliste 🗺

 

Le tableur récupérable en fin d’article permet d’insérer vos propres chiffres.

Mais plusieurs éléments permettent de faire un rétro-planning réaliste, sachant qu’il faut gérer 1/ son calendrier ; 2/ ses attentes :

– Prévoir les temps de pause et vacances. De septembre à décembre, vous n’avez pas 17 semaines. Vous avez : 17 semaines – 4 semaines (vacances de Toussaint et de fin d’année) – 34 jours (les week-ends). On passe de 119 jours à… 57 jours (à raison de 300 mots par jour, on passe donc de 35700 à 17100 mots).

– Savoir que le maximum en « deep work » (temps de travail créatif), c’est 3-4 heures le matin (section travail dur/facile ci-dessous).

– Connaître les ordres de grandeur. En début de rédaction avec un bon rythme, la moyenne peut tourner autour de 800 mots par jour. Dans une période déjà avancée, plutôt 500. Dans les derniers mois, ça peut être négatif (affiner la démonstration fait qu’on enlève des parties).

– 1/5 de la thèse ne va pas être des développements. Les introductions de chaque section, partie… + leurs conclusions + les notes de bas de page, la bibliographie, etc… Tout cela fait plus d’1/5 de la thèse, il faut y consacrer du temps.

– Temps de relecture, temps pour l’envoi de la thèse et la constitution du jury…

Considérer tout ça change tout.

Mais attention -> si votre rétro-planning vous dit qu’il faudrait rédiger 900 mots par jour pour terminer, il faut accepter que ça ne sera pas possible. C’est frustrant. Mais ignorer cette frustration conduira à des attentes déçues en fin de période.

Travail dur / travail facile 👷🏽‍♂️

 

Un chiffre qui revient dans le milieu de la productivité est que le temps de travail quotidien « à fond », créatif, intense est de… 3-4 heures par jour. En début de journée généralement.

La conclusion -> optimiser son temps en séparant travail dur / travail facile.

Les tâches difficiles à faire le matin sont les suivantes :

– La rédaction. Sous toutes ses formes, de l’introduction aux développements en passant par la discussion, etc.

– Lectures critiques. Si vous lisez un article en tentant réellement de comprendre comment l’agencer avec votre travail, ça demandera une vraie concentration.

– Analyser les données. Du codage d’entretiens à l’analyse critique de ses données, c’est compliqué et prend du précieux temps de cerveau.

Les tâches faciles à privilégier l’après-midi sont :

– Insérer les notes de bas de page.

– Lectures rapides. Par exemple pour trouver une citation, vérifier une définition, récupérer des auteurs dans les notes de bas de pages.

– Retranscrire ou intégrer des entretiens. La retranscription demande du temps, mais 3 heures de retranscriptions sont ennuyeuses, plus que fatiguantes. Pareil si les données sont déjà codées et qu’il s’agit d’insérer des morceaux dans sa thèse.

– Répondre à ses emails.

Les 3 pôles de la motivation - bilans - santé - activités

 

Le corps… est un corps (j’ai trouvé tout seul 😎).

Mais si c’est si évident, pourquoi l’ignorer ? Pourquoi le pousser à bout, ne pas lui donner de repos, mal se nourrir pour travailler à la place ?

L’idée n’est presque jamais compliquée. Son implémentation quasiment toujours.

Les bilans réguliers ✍️ (le rétro-planning permet d’avoir des chiffres objectifs pour faire ses bilans).

C’est l’outil de loin le plus utile. Vous pourrez faire les meilleurs articles au monde. L’introduction la plus brillante et avoir des remarques fabuleuses de votre encadrant.e. Si tout cela est oublié dès que c’est passé, que vous ne vous arrêtez jamais pour faire le bilan et voir le positif, rien n’ira contre ça.

On oublie aussi facilement 10 compliments qu’on en oublie 100.

Dans mon cas, je fais un bilan chaque semaine, le dimanche aprèm, pour lister les 3 choses positives accomplies cette semaine. De même chaque 90 jours pour lister les choses positives de la période. 

Certaines personnes font des « cartes motivationnelles » (des notes sur Notion avec les différentes remarques positives reçues). Une capture d’écran de l’email positif d’un encadrant.e par ci. La proposition d’article accueillie positivement par là, etc.

Les consulter quand on a un coup de mou peut permettre de se rappeler que non, « tout ce que je fais n’est pas nul ». La preuve.

 

Le « triangle de la santé » personnelle 🥗

Ce triangle, c’est sommeil – exercice – alimentation. C’est une banalité, mais on le fait peu. Souvent on a pris l’habitude de rogner sur une variable.

Essayer de « maximiser ce triptyque » est la première solution. Si on se sent très fatigué ou démotivé -> je manque de sommeil, d’exercice ou je mange mal ? Un rapide diagnostic peut permettre de rapidement gérer en fonction.

Méfiez-vous aussi de vos émotions et ressentis. Il faut les prendre en compte certes, mais aussi connaître ses réflexes. 🧐

Dans mon cas, j’avais remarqué que régulièrement, je remettais en cause l’intérêt de ma thèse. J’ai remarqué que cela arrivait en fin de période et était en fait lié à ma fatigue.

Du coup, à chaque fin de période, je savais que j’allais réagir de cette manière -> maintenant je m’y prépare et j’ignore ces doutes. Je savais que j’allais être très négatif pendant une semaine ou deux, mais qu’après les vacances, ça passerait. Et ça ne m’affecte plus.

 

Les activités à côté ⛹️‍♀️

Le cerveau est une machine complexe… pas optimisée pour travailler en continu sur la même tâche pour de longues périodes.

Vouloir ne faire que ça fonctionne pendant un temps. Mais un temps seulement. Voilà deux bonnes options pour gérer ça. 💪

Faire des balades est une option, notamment en forêt si possible. Le week-end peut être le bon moment, Ou 20 minutes en fin de journée, sans téléphone.

Organiser un minimum de sorties théâtre, musées ou même une soirée film sont d’autres options.

Le besoin de voir des amis, de faire une sortie restaurant ou d’aller à un concert ne s’arrêtent pas avec la fin de thèse.

Pour le dire autrement : votre cerveau se fiche de votre thèse. Mais vous ne pouvez pas faire sans votre cerveau. Et ce qu’il veut pour vous rendre service, c’est de la diversité, il va falloir lui donner.

Avant de retourner à la thèse...

 

Finir sa thèse demande de jeter beaucoup de forces dans la bataille, surtout lorsqu’il va falloir accepter certaines imperfections, faire certains choix, mettre le point final à tout ce travail et maintenir un équilibre personnel.

C’est un travail créatif très exigeant et c’est justement le moment de prendre particulièrement soin de soi.

Car c’est le corps qui va produire le travail qu’on lui demande.

Et plus le corps et le mental seront bien traités, meilleure sera la qualité du travail produit. 

"Faire les derniers mètres" en mesurant ses progrès de rédaction

Constituer un rétro-planning avec un tableur en version Excel et Numbers

Une page pour calculer automatiquement les avancées en termes de mots.

Une autre pour calculer les avancées en termes de pages, chapitre par chapitre !

2 Commentaires

  1. Anonyme

    Merci beaucoup pour ton article qui aide à normaliser aussi les sensations en cette fin de thèse!

    Réponse
    • Nicolas

      Avec plaisir et merci de ton commentaire ! Oui, c’est fou que presque tout le monde ressente ça et qu’on en parle finalement assez peu. C’est tout à fait normal et peu agréable mais au bout il y a la fin de thèse, et ça vaut le coup ! 😁

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Verified by MonsterInsights